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Bulle de mots le blog de bibun

Marchand de mort

31 Octobre 2014, 09:39am

Publié par bibun

Soutenir un regard fatigué, apeuré, avant de s'apaiser lorsque toute lutte devient vaine, où l'esprit cherche à s'abreuver de paix. Sentir cette main dans la sienne, bien trop fragile, la force semble s'en échapper, puis qui finit par tomber, une vie que le temps a préféré abréger. Le marchand de mort est simplement passé, déposant des cendres sur les paupières, pour les clore à jamais.

Savoir distinguer les mauvais augures de mort, où l'air devient suffocant et dans lequel virevoltent ces plumes de corbeaux noirs. Ces coups de fil aux longs soupirs, ces mots qui ne parviennent pas à trouver leur place ou ces regards qui se veulent si fuyant. Atmosphère lourde qui pue la mort.

Chacun sa façon de porter le deuil, préférer seulement le silence, que partager sa peine ou de supporter ces sempiternelles paroles de circonstances qui s'imposent forcément, sans conviction bien souvent.

Las de ces parfums de chrysanthèmes. Las de ces quais où s'éloignent les trains qui ne reviendront jamais. Las de veiller pour ranger cette vieille malle de souvenirs et d'objets.

Il y a un temps pour tout, lorsque l'annonce est accueillie, celui de la cérémonie, quand se dépose les draperies, que tombe les pétales de ces fleurs anciennement fleuries, puis tout ce silence qui s'en suit. Devoir enterrer nos défunts au sens propre mais aussi au figuré, comme s'ils n'avaient plus de raison d'exister. Taire leur nom une fois dans leur boîte bien scellée et qu'aucune planche n'en soit soulevée, des histoires qu'on abandonne au passé. Serait-il malsain d'évoquer nos êtres aimés ? Pas forcément tomber dans l'excès, entretenir un chagrin désespéré, ni le manque exacerbé, car ça c'est l'intimité que je garde secret. Mais plutôt entretenir ces souvenirs qui ensoleillent ma gueule déprimée. Et que perdure dans le présent, encore un peu plus notre passé, nos liens sacrés.

Parler de nos défunts, c'est comme si on racontait une histoire effrayante, où le silence parviendrait à conjurer le mauvais sort de la vie. Sauf que la vie offre, elle ne promet rien, c'est à toi d'en tirer le meilleur. Ne pas vivre dans la perpétuelle angoisse du pire, parce que la vie est également chienne. Elle te conduit sur un chemin sans aucune promesse, sur lequel tu peux croiser à maintes reprises le marchand de mort avec son petit sac de cendres. Pour moi ? Pour quelqu'un que tu aimes ? Le silence n'empêche rien. Les mauvais choses arrivent parfois. Il n'y a pas obligatoirement de coupable, c'est injuste et de taire n'y changera absolument rien. Fatalité, colère ou peine, comme si elle en avait quelque chose à foutre. La vie t'offre et te reprend. De toute façon j'emmerde la mort. Je ne vis pas dans la peur, j'ai franchi le cap. Je n'attends pas non plus que sonne l'heure, je vis, je cours, je crie dans le brouillard et je tournoie vite, toujours plus vite. Je tournoie pour que ce putain de brouillard ce dissipe et fasse tomber les plumes des corbeaux noirs.

Je la provoque, je la défie aussi parfois, parce qu'elle ne m'effraie pas. J'emmerde la mort. Je continue, je ris, je cours, je raconte mes histoires, d'autant plus celles de ceux qui me manquent, endormis je ne sais où dans un autre quelque part.

C'est mon heure ? Laisse-moi rire, je t'emmerde la mort !

Marchand de mort

Commenter cet article

flipperine 20/08/2015 23:45

Nous sommes tous appelés à finir un jour ou l'autre c'est la vie on espère le plus tard possible et avoir toute sa tête et n'embêter personne

bibun 20/08/2015 22:53

Une pensée pour chacun d'eux afin qu'ils ne cessent jamais de nous accompagner, parce que chaque existance est importante. Merci Evy pour ces mots. Tres belle fin de soiree.

Evy 20/08/2015 21:45

Provoqué la mort , la défie aussi parfois, quel courage parler de nos défunts ça fais du bien bonne soirée Evy