Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Bulle de mots le blog de bibun

Articles avec #nouvelles

L'ombre entre nos mondes

10 Septembre 2017, 15:25pm

Publié par bibun

Je ne saurais vous dire avec précision comment et quand cela commença. Il aura fallut quelques insomnies pour m'en rendre compte. Ce fut une nuit parmi d'autres. Une nuit, parce que ça se passe toujours la nuit, à l'heure où sonne minuit. Pas à un autre moment, de minuit jusqu'au soleil levant, car après tout reprend sa place initiale, comme cela devrait être.
 
Dans ma chambre à quatre murs avec une large fenêtre, laissant pénétrer la lumière et parfois toute la vie du dehors sur l'un des pans et les trois autres la clôturait simplement. Une pièce possédant qu'une fenêtre ainsi qu'une porte, c'est comme ça qu'elle aurait dû être, sauf quand retentit minuit.
 
C'est seulement à partir de ce moment là, qu'une autre fenêtre juste au-dessus de ma tête apparut à l'opposé de la seule qui aurait dû offrir un tableau vers l'extérieur. Puis surtout à accepter l'improbable, voire surtout l'impossible. Quelque chose qui n'est pas sensé exister. Quelque chose qu'il est à la rigueur possible de rêver. Ce fut d'ailleurs l'une de mes premières pensées, suis-je encore endormi ? Lever la tête et fixer cette petite fenêtre, où s'échappaient du rideau différents contrastes de lumières. Peut-être l'éclairage d'une lampe gênée par des mouvements ou de le passage d'individus. Un téléviseur qui crachait ses images... Mais en tout cas, trahissant d'une présence par les sons ou les voix qu'il me pensait entendre. Dormais-je à ce moment là, quand les les premières lueurs de l'aube s'invitèrent dans ma chambre. Il suffit de ce bref moment d'inattention à regarder le ciel au-dehors s'éclaircir, pour découvrir à nouveau que ce mur sans fenêtre n'en posséda toujours pas.
Je restais allongé sur mon lit à fixer ce mur bâti de briques, cette muraille, sans fenêtre, sans brèche ni même une lézarde en son sein. Qu'avais-je vraiment vu ? Peut-être dans cet instant entre rêve et réveil, où les songes se superposent à la réalité, mais laissant l'esprit en état de choc. Cet état de frustration entre pensées insensées et raisonnables, entre certitudes et doutes, entre curiosité et craintes. Derrière la curiosité cela serait admettre la véracité et derrière la crainte, que quelque chose ou quelqu'un se trouvaient forcément de l'autre côté.
 
Combien y eut-il de nuits de profond sommeil sans la voir ? Combien de nuits à rester éveillé sans qu'elle n'apparaisse et ainsi me rassurer ? Y a t-il quelqu'un ou quelque chose qui m'observa durant la vulnérabilité de mon être endormi, totalement soumis à l'improbabilité de la vie, qui continuait à se poursuivre et ce, peu importe la parenthèse que l'on pouvait s'accorder. La seule façon d'éliminer les hypothèses afin d'obtenir des certitudes, ce fut d'attendre la prochaine nuit. Y aurait-il encore une fenêtre accrochée sur mon mur ? N'y aurait-il rien de plus que le fruit de mon imagination ? Il me fallut attendre jusqu'au prochain coucher de soleil, que le calme de la nuit borde ma chambre et que je patiente simplement jusqu'à cette nouvelle vision proposant une vue sur un autre quelque part ou tout ne voir seulement le jour une nouvelle fois se lever.
 
Puis il y eut cette nouvelle nuit qui confirma ce rêve ou ce cauchemar éveillé, parce qu'après tout comment la qualifier. Il y eut également ces suivantes, avec à minuit, l'apparition de cette incroyable fenêtre, parce que je ne sais plus au cours de quelle nuit je pris le temps de regarder l'heure. S'en suivirent toutes ces autres qui se répétèrent inlassablement. A minuit, jusqu'à ce que le jour se lève en laissant un mur totalement lisse, sans rien d'autre à fixer que son uniformité. Au début, ce ne fut que de l'observation de loin, fallait-il s'en inquiéter de cette vie qui sembla en transpirer ? Car il y avait bien quelque chose de l'autre côté. Ces ombres et ces lumières qui dansaient par intermittence. Ces moments plus calme où ne se diffusait plus qu'une infime lueur, était-ce la pâle lumière d'une lune ou bien une veilleuse laissée allumée. Il y avait bien quelque chose derrière cet autre côté qui ne devait pas sensé exister. Parfois même des bruits étouffés, peut-être par le verre qui nous séparait ou était-ce simplement le délire d'une grande frayeur nocturne, à trop vouloir écouter au-delà du possible. Est-ce que cette fenêtre pouvait être visible des deux côtés ou seulement du mien ? Avait-on pris attention de l'autre côté de ma présence ? A combien de nuits pourrais-je encore résister avant que la fatigue me rende complètement vulnérable à la possibilité que quelque chose n'apparaisse ou ne pénètre ? Je ne pus rester comme cela, simplement attendre que ça se passe. Il me fallut découvrir ce que ce nouveau monde put me réserver, confiance ou hostilité. Mais surtout le plus important, connaître les raisons de ce phénomène.
 
Une phrase me vint à l'esprit ce soir là, quand je pris conscience qu'il me fallut découvrir le fin mot de l'histoire, parce que l'incertitude ne put en être une réponse, pouvoir tout imaginer et bien souvent le pire. Cette phrase si souvent entendu et sans véritablement en connaître le sens, puisqu'il faut surtout y être confronté pour la comprendre, c'est l'instinct de survie. Je ne pourrais expliquer comment elle s'est imposée à moi à ce moment. Est-ce que j'étais véritablement en danger ? Peut-être pas. Toutefois le sentiment d'insécurité parvenait à m'envahir. Qu'est-on vraiment prêt à réaliser pour se défaire d'une éventuelle menace à laquelle on se sentirait confrontée. La réponse je n'aurais pu me l'imaginer dans d'autres circonstances, mais à présent tout est différent. Tout se pense en à peine quelques secondes, même les gestes se font naturellement, lentement, néanmoins avec aisance. S'avancer, s'éloigner, revenir, changer d'angle, trouver la meilleure visibilité à pas feutrés, afin de ne pas se faire repérer, ne serait-ce que pour avoir l'avantage. Cet avantage qui rassure, qui permet d'anticiper même en terre inconnue, mais avant tout d'en évaluer la menace. Ma meilleure stratégie fut d'attendre les toutes dernières minutes, juste avant que le jour se lève, ce qui constituerait un retrait en toute sécurité, puisque la fenêtre disparaîtrait. L'attente fut longue, les minutes désespéraient à s'écouler les unes derrières les autres, comme quoi la perception du temps diffère selon les événements que l'on vit, plaisant ou déplaisant, qui donnera l'impression que celui-ci passe plus ou moins vite, alors que se conservera toujours le même rythme. Puis l'instant fut enfin venu, cinq petites ou longues minutes avant l'entracte, tout dépendra de ce qu'il se découvrira. Je partis de l'un des bouts du mur, avançant à petits pas, mon épaule le frôlant parfois, mais mon regard ne parvenait pas à se détacher de la fenêtre. J'eus cette étrange impression de ne pas réussir dans le délai imparti, qu'arrivé à sa hauteur, elle aurait disparu. Mon coeur accélérait à mesure que je me rapprochais, je parvenais même à l'entendre cogner et penser, va-t-il s'arracher de ma poitrine ou simplement s'arrêter de terreur. J'y étais presque, quelques centimètres, enjamber le lit sans le faire grincer. Je laisse glisser mon visage contre le bord, je commence à voir. Il y a un rideau gris translucide, mais je peux enfin distinguer ce qu'il se dessine sous mes yeux. Puis d'un coup une tâche accapare mon regard, qui disparaît. Il y eut quelqu'un qui m'observa aussi... Puis la fenêtre s'effaça et redevint mur. Mais la nuit prochaine...
 
Il y eut bien cette ombre cachée de l'autre côté, à m'observer comme je voulus le faire. Depuis combien de temps ? J'eus ma première réponse, la fenêtre n'est pas non plus à sa place de l'autre côté. Alors suis-je devenu une menace ? Cela ne put durer plus longtemps, continuer à redouter l'inconnu, accumuler encore d'innombrables nuits sans sommeil qu'il ne sera bientôt plus facile d'accuser. Penser à l'éventualité de plier bagage, mais sans avoir l'assurance que la fenêtre entre les mondes ne me pourchasse pas ailleurs. Je ne pus avoir d'autre alternative que de poursuivre mes investigations, avoir une vision plus approfondie sur ce qu'elle put bien exposer. Et peut-être que de cette manière apporter un début de solution, mais surtout acquérir cette tranquillité d'esprit, puisque les choses ne se redoutent pas lorsque l'on sait à quoi s'attendre. Puis vint la nuit suivante, celle que j'espérais être celle des révélations, parvenir à comprendre le phénomène qui se répéta inlassablement soir après soir. Les heures du jour furent longues à égrainer, à être resté adossé contre le mur, juste en dessous, sans avoir pu bouger de la journée, à imaginer la façon de procéder et découvrir une fois pour toute qui ou quoi se cachait de l'autre côté. Toute cette journée qui me conduisit finalement à échafauder le même plan que la veille, patienter jusqu'aux cinq dernières minutes, certainement la seule manière sûre d'avoir un plan de repli au cas où.
 
Voilà j'y suis, le moment tant attendu et redouté en même temps. Je regarde l'heure du radio réveil, juste à côté de mon lit, un peu plus loin sur ma droite. Il m'annonce cinquante-quatre, la dernière minute avant de me relever, jeter un nouveau coup d'oeil quitte à ouvrir délicatement la fenêtre pour mieux voir, écarter le rideau permettant d'avoir une meilleure visibilité de l'ensemble, plutôt que de le deviner en m'attardant sur chaque chose. Cinquante-cinq, ça y est. Je me relève tout doucement, péniblement, les membres endormis par de si longues d'attente. Je m'arrête, ne bouge plus, ma respiration se bloque, puis s'accélère. Il y a un bruit, juste au-dessus de ma tête. C'est la fenêtre, je sais que c'est elle, qu'est-ce que ça pouvait être d'autre. J'entendis ce coulissement timide, à peine perceptible, peut-être parce que je me trouvais dessous. Nous avons la même tactique putain ! Voilà la pensée que je possédais sur le moment, avant que ne s'en suive un florilège d'insultes bien fleuri avec lequel m'incendier. Comment aurait-il pu en être autrement, car chacun remarqua la présence de l'autre et forcément, chacun voulu découvrir à quoi il pouvait être confronté. Je dus agir dans l'urgence, reprendre l'avantage, ce fut sans compter sur l'instinct de survie, cette adrénaline qui multiplie les actions ainsi que les pensées. Je me trouvais juste en-dessous, mais ça personne ne le su, mis à part moi-même, puisque l'accès entre les deux mondes ne se matérialisait pas encore. Je me retournais avec beaucoup d'aisance, ma face à quelques centimètres du mur et je relevais les yeux vers cette lucarne. Je vis cette ombre s'étaler au plafond par la lumière diffuse de cette autre endroit. J'aperçus la vitre coulisser, presque flottée comme un flocon de neige tant sa vitesse fut lente, trahie aussi par ce son à peine audible. Il fallut quelques minutes pour qu'elle s'ouvre entièrement. Combien de temps ? Je l'ignorais, il m'eut été impossible de le savoir, il aurait fallu que je me retourne une nouvelle fois. Combien de temps restait-il ? Plus beaucoup ce fut certain. Des mains apparurent sur le rebord, l'instinct de survie fit le reste. Je me relevais d'un seul coup, peu importe les risques, je devais savoir. Et là, le recul, le choc auquel je ne m'attendis pas, une autre vision de même dans l'encadrement. Il y eut la même réaction de l'autre côté, un bruit sourd s'en suivit juste avant que la fenêtre disparaisse encore une fois.
 
Cela ne put être un rêve, j'en étais plus là. J'avais encore en mémoire l'image de l'autre côté, de quelqu'un presque semblable à moi avec des cheveux un poil plus long, mais ce fut bel et bien une copie de moi-même. Bien évidemment que j'eus songé à énormément de probabilités, néanmoins hormis celle-ci. La peur disparue, très probablement parce que je sus à quoi ou plutôt à qui j'eus été confronté. Toutefois, elle fut remplacée par un flot continu de questions qui me fila une migraine magistrale. La prochaine nuit éclaircirait sûrement certaines de ces interrogations ou peut-être pas, parce l'individu de l'autre côté du miroir fut tout aussi surpris que moi, à retenir cette même réaction que nous eûmes lorsque nous nous découvrîmes et sa probable chute qui s'en suivit, sans néanmoins le voir, juste avec l'interprétation du bruit qui retentit jusqu'à mes oreilles. A présent, peut-être arriverais-je à dormir un peu. Sentir cette fatigue qui m'envahit, peut-être le contre coup de l'adrénaline. Un petit somme qui me séparera un peu de l'attente, jusqu'à la prochaine nuit.
 
Mes yeux s'ouvrirent péniblement, presque suppliant de leur accorder un peu de sommeil supplémentaire, après tant de nuits qui se sont vues sacrifiées. Mes paupières engagèrent une lutte de chaque instant pour ne pas rester closes. Ce fut sans compter ce point d'équilibre permettant d'être conscient de la visibilité qu'il put avoir autour de moi. Cette étrange lueur douce qui irradiait la pièce, ne venant pas d'une lampe, pas plus que de la lumière du soleil. Est-ce la lune qui m'éclaire ? Mais quelle heure se fait-il ? Ce fut cette voix qui me fit tressaillir, qui répondit à mes questions. Je ne pus faire qu'un bond dans mon lit, pour lever ma tête et presque m'imaginer en même temps, voir mon coeur projeté au plafond par une telle puissance de peur, qu'il ne put que s'étaler complètement sur la surface et devenir qu'une immonde matière visqueuse.
- Tu as de la chance d'avoir réussi à dormir. Moi je n'y suis pas parvenu. Raisonna cette voix derrière moi avec cette terrifiante sensation de s'écouter soi-même.
Puis il y eut un long silence, qui me permit de reprendre ma respiration, tout en me tenant la poitrine pour réaliser que je n'avais pas besoin de décoller mon coeur du plafond.
- Vraiment désolé, je ne voulais pas te faire peur, s'excusa-t-il avec un léger soupçon de crainte dans son timbre.
Je pensais surtout qu'à ce moment précis, personne ne fut vraiment rassuré par l'autre. Encore un long silence de ma part, peut-être pour rassembler mes pensées vomies qu'il me fallut ramasser et remettre en ordre.
- Tu me comprends ? Parles-tu ma langue ? Demanda-t-il un peu inquiet de ne pas avoir de retour de ma part.
- Heu Hum... Heu oui je veux dire, je te comprends, pas de soucis. Faut juste que la pression retombe, tu m'as donné un de ces flippes, j'ai cru crever ma race. Sans réfléchir mes mots sortirent tout seul. Fussent-ils dans l'ordre, cohérent, peu importe, juste le besoin d'évacuer quelque chose.
- Je n'ai pas tout a fait compris, mais c'est un bon début, je pense en avoir deviné le sens.
- Désolé, je ne m'étais pas attendu à cet instant. Du moins un peu, mais je pensais surtout être éveillé pour notre nouvelle rencontre.
- C'est à peu près dans ce sens là que je l'avais interprété. Poursuivit-il avec un léger sourire qui permit tout de suite de rendre l'atmosphère beaucoup plus sympathique et conviviale.
Je lui souris en retour et s'en suivi un retentissant fou rire de part et d'autre. Certainement notre façon de lâcher prise en évacuant toute cette peur que nous avions pu ressentir trop longtemps.
 
Ce fut de cette manière que nous fîmes connaissance, le plus naturellement du monde, nouant au fil du temps une belle complicité au travers de nos discussions nocturne. Au départ, souvent nous évoquâmes cette fenêtre qui nous séparait et en même temps rapprochés, plus que nous ne l'avions probablement imaginé. Je pense encore aujourd'hui, que jamais ne n'en trouvâmes l'explication, peut-être parce que nous vivions tous les deux au même endroit et que cela a pu causer une collision de l'espace temps. Mais ce ne fut qu'un peut-être qui nous fît plus d'une fois rire. Nous partageâmes soir après soir des histoires sur nos univers respectifs. Les différences de narration pour parler d'un même sujet, car nous ne possédâmes pas la même définition afin de l'expliquer. Parfois cela amena quelques incompréhensions lors des récits qui transpirèrent très vite en d'autres et merveilleux fou rires. Physiquement, nous fûmes pratiquement le miroir l'un de l'autre, toutefois, nos pensées, nos philosophies de vie ou nos rêves possédèrent une différence appuyée. Très certainement par nos mondes qui n'évoluèrent pas du tout de la même manière, puisque nos héros ou nos références historique n'existaient que d'un seul côté de notre fenêtre. J'aimais sa façon poétique de narrer les choses les plus simples, de la voileuse et des lampions du ciel, des pointes d'Egypte qui n'ont jamais été ensevelies par les paillettes d'or du désert, les étendues de verre polaire dans les terres gelées... peut-être fussent à cause de ces nouveaux mots qui n'apparurent pas dans notre langage. Je pouvais également sentir de la réciprocité à l'entendre m'écouter, peut-être pour les mêmes raisons.
 
A chaque soirée, son florilège de merveilles, où une vie ne saurait être suffisante pour apprendre chacun de nos mondes. Mais nous prîmes seulement du plaisir à expliquer ce qui put être important à nos yeux, à enchanter ce temps accordé, car nous eûmes à l'esprit, que tout pourrait s'interrompre au prochain lever de soleil, aussi facilement que cela débuta. Nous trouvâmes notre rythme sans nous forcer, à patienter jusqu'à la réapparition de notre espace croisé, seulement quelques heures par nuit. Peut-être parce qu'il se vivait les mêmes émotions, cette même longueur d'onde avec laquelle communiquer et se comprendre sans avoir besoin de tout s'expliquer. Une complicité qui naquit si naturellement, un peu comme si se partagea déjà toute une vie de souvenirs. Chacun de nous apprécia la présence de l'autre au travers de son propre espace, cette merveilleuses fenêtre entre nos mondes. Même s'il pu s'imaginer un jour passer l'un ou l'autre dans le monde du voisin, juste être ce globe trotteur en terre étrangère, curieux de découvrir la vie d'ailleurs, les légendes d'autrefois ainsi que les coutumes d'aujourd'hui. Or, personne ne tenta l'aventure, très probablement par peur, puisque que se passerait-il après le passage de l'un ou de l'autre dans le monde qui ne fut pas le sien. Si la fenêtre disparaissait juste après ça, où l'un ou l'autre devrait faire le deuil de son propre espace temps, tout ce qu'il posséda. Même si l'envie sembla nous tenter à chaque fois, aucun de nous n'aurait pris le risque de mettre en péril sa propre existence. Le coeur a ses raisons, mais la peur possède également les siennes, que la raison sait certainement mieux écouter, même si les peurs ne sont pas toujours raisonnables. Je me souviens encore de cette nuit, où nous nous confiâmes nos pires craintes, hormis bien sûr de perdre une personne proche. Celles qui donnent parfois des cauchemars, celles qu'on tente de laisser de côté quand l'esprit s'y attarde, ou encore celles qu'on s'imagine où il n'y a jamais de fin heureuse. Cette conversation me laissera toujours son empreinte, qu'il me sera impossible à oublier, puisque ce fut l'une de ces peurs qui fit disparaître au regard de l'un, l'existence de l'autre.
 
Allongés l'un et l'autre sur nos lits, que nous positionnâmes juste en dessous de la fenêtre, ce qui nous permit quelquefois de discuter jusqu'à ce que le sommeil vienne nous emporter. Cette nuit là, ce fut très certainement pour une toute autre raison, que nous discutâmes dans nos lits, pour se rassurer et ne pas voir dans le regard de l'autre, le reflet de notre propre peur.
- C'est quoi ta plus grande peur dans ton monde ? Me questionna-t-il lors de cette veillée là.
- Euh, laisse-moi un instant pour que je le sache moi-même. Répondis-je en souriant. Juste le temps d'y songer, faire le tri aussi par ordre d'importance, puisqu'une réponse peut changer au cours d'une vie. Une crainte passée peut être effacée par une plus importante et ce fut le cas cette nuit là. Je pensais tout d'abord aux maladies dans le monde, devenant de plus en plus résistantes et qu'un jour il puisse avoir un virus, qu'aucun médicament ne parvienne à arrêter, causant une extermination sans précédent de la race humaine. Puis il y eut l'autre à laquelle je pensais, tout aussi néfaste que la première, mais était à ce moment plus importante, car plus actuelle et d'autant plus lorsqu'elle est aveugle, pouvant frapper à tout moment.
- Ma plus grande crainte dans mon monde, c'est cette guerre de religion, quelle qu'elle puisse être et ne justifiant ses actes qu'au travers d'un simple nom. Ce peu importe qui l'on massacre afin que sa religion devienne unique à la face de la terre.
- C'est quoi au juste une religion ? Demanda-t-il, parce qu'il ne sembla ne pas comprendre le sens de ma réponse.
- Vous n'avez pas de religion dans votre monde ? M'empressais-je de le questionner surpris.
- Je ne sais pas. Il faudrait que tu m'expliques ce qu'est une religion, parce que nous n'utilisons peut-être pas le même vocabulaire pour parler d'une même chose.
- La religion est une croyance en une divinité, vous n'en n'avez pas chez vous des Dieux ?
- Si bien entendu, par centaine même et certainement beaucoup plus, je ne connais pas forcément toutes les croyances des différentes contrées.
- Et vous n'avez pas de guerre de religion avec vos multitudes de divinités ?
- Personne ne se permettrait de déclencher une guerre au nom d'une croyance. Il y a beaucoup de respect pour chacune d'entre elles et quiconque ne voudrait subir le châtiment d'une autre Déesse ou Dieu en représailles. Nos croyances sont quotidiennes et nous les remercions chaque jour pour ce qu'ils nous témoignent. Il doit probablement exister une divinité pour chaque chose, le jour, la nuit, le foyer, la nature, les animaux... Peu importe qu'elle ou il ne soit pas la ou le même d'une contrée à une autre, parce que les croyances de chacun ne peuvent que se respecter pour ne pas susciter leur colère.
- C'est fascinant ce profond respect. En tout cas ici ça n'existe pas du tout ici. Lui répondis-je catégorique.
- Maintenant je comprends mieux vos guerres de religions, mais comment vous pouvez croire en quelqu'un s'il est si facile d'exterminer celui qui ne pense pas comme vous ? Ça ne peut même pas être de la considération, ni du respect envers vos Dieux, puisque vous profanez leur propre nom.
- Je ne peux pas te donner tord, il y aurait tant à dire sur le sujet. En tout cas j'aime votre philosophie de croyance. Le complimentais-je sur leur si belle culture du respect d'autrui. Et pour toi, y a-t-il des peurs que tu peux ressentir ?
- Pour ma part, je pourrai répondre sans hésiter un seul instant, peut-être comme tu le disais si bien, c'est quelque chose de trop habituel et que tout le monde redoute ici. C'est le silence, lâcha-t-il t-un ton las.
- Je suppose que la solitude doit être plus prononcé dans ton univers que dans le mien, même si par chez moi, d'années en années elle grignote du terrain et que nous nous isolons de plus en plus, par peur de l'autre, de tout ce que l'on peut voir ou entendre à l'actualité. Apportais-je ma réponse d'un même ton résigné.
- Non je ne parlais pas de ce silence là, mais plutôt du grand silence. Parce que le phénomène de la peur de l'autre n'existe pas trop ici. Nous nous parlons les uns avec les autres, nous nous entraidons ou même partageons volontiers. Réfuta-t-il aussitôt mes propos.
- Alors de quel sorte de silence parles-tu ? C'est certainement une autre expression pour désigner tout autre chose ? Demandais-je curieux.
- Ce grand silence est... Je ne saurais même pas comment le qualifier, mais il t'emporte en seulement trois jours.
- C'est quoi, une sorte de maladie ? Approfondis-je un peu plus le sujet.
- Je ne pourrais même pas dire que c'est une maladie, puisque ce ne sont pas des symptômes normaux que l'on puisse soigner, mais je vais mieux m'expliquer. Le premier jour tu t'aperçois que tu ne possèdes plus d'ombre de toi même, peu importe la luminosité. Le deuxième jour plus aucun son n'émane de toi, pas même le son de ta voix. Et le troisième jour, tu disparais complètement, comme effacé, tu n'existes plus.
- Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? C'est totalement ahurissant ce que tu me racontes, sans bien sûr remettre en question ce que tu as pu me confier. C'est juste que je n'ai jamais entendu parler d'un truc pareil jusqu'à maintenant. Mais dis-moi comment ça se propage ?
- Personne n'a la réponse à ta question. Beaucoup se sont penchés dessus et ont tenté de percer le mystère, toutefois sans succès jusqu'à ce jour. Cela peut toucher tout le monde, n'importe qui et n'importe quand, sans que cela se propage aux proches touchés par le silence. Le pire c'est cette impuissance, voir ces personnes disparaître du jour au lendemain, sans savoir ce qu'elles deviennent et devoir apprendre à faire un deuil impossible, parce que le corps n'est plus là et qu'il n'y a jamais eu de retour d'une personne déjà effacée. C'est un drame avec lequel il faille apprendre à vivre. Fort heureusement, je n'ai jamais été touché personnellement avec un proche qui ait succombé au grand silence. Mais à maintes reprise j'ai pu voir ces profondes meurtrissures dans les yeux des personnes qu'il m'ait été amené de croiser jusqu'à maintenant, des amis, des voisins ou des connaissances. Je crois que les personnes qui l'ont vécu sont tout aussi effacées que celles qui ont vraiment disparues, car comment surmonter l'invisible. Sont-elles mortes, vivantes ? Comment vivre normalement après ça ?
 
Liam eut la bonne formulation, car comment vivre normalement après ça ? Liam, c'est comme cela qu'il s'appelait, je ne l'avais pas nommé jusqu'à lors. Il s'appelait Liam, au passé, parce qu'à son tour, après de très nombreux soirs depuis sa terrifiante histoire sur le grand silence, il prit également possession de lui.
 
Ce premier soir, je fus surpris de voir notre fenêtre apparaître et que celle-ci fusse fermée. Je me souvins d'avoir frappé quelques coups contre le carreau et sans réponse de sa part, je la fis glisser pour voir s'il allait bien. Je le découvris allongé sur son lit, silencieux, jouant avec sa lampe de chevet, passant à maintes reprises sa main devant la lumière pour tenter de faire étaler son ombre sur le plafond de sa chambre. Seulement elle n'y eut absolument rien. Liam, je suis là. Je suis désolé. Se sont les seuls mots que je parvins à prononcer cette nuit là. C'est bien la dernière chose à laquelle je m'attendais à être confronté un jour et que cela touche de quelqu'un de si proche, parce qu'il était devenu un frère, un frère jumeau. Il leva la tête vers moi, me sourit, même si ses yeux transpiraient la terreur, mais il ne voulut pas me l'imposer. La seule chose qu'il me demanda, c'est de le laisser parler toute la nuit. Qu'au lendemain, se soit mon tour, puisque lui ne pourrait plus, juste pour ne pas laisser gagner le silence.
 
Le deuxième soir, je respectais ma promesse en lui racontant tout comme lui, tout ce qu'il put me passer par la tête, mes souvenirs ainsi que les nôtres, nos rires également jusqu'à ce la fenêtre disparaisse au lever du jour. Ce fut douloureux, car je sus aussi que cette nuit là, sa voix ne put plus s'entendre.
 
Au troisième soir, il y eut seulement le silence. Une chambre sans plus aucun bruit ni aucune présence. Liam disparut. Il n'y eut que ma seule lumière pour éclairer nos deux mondes. Tandis que mes larmes coulèrent, il n'y eut qu'une pensée qui me hanta, comment vivre normalement après ça ?
 
Au quatrième soir, la fenêtre s'effaça à son tour et plus jamais ne vint se distinguer sur mon mur.
 
Très longtemps encore après ce jour, j'attendis inlassablement cette même heure où nos deux mondes durent se retrouver. Aujourd'hui encore il m'arrive d'y songer, mais se sont surtout des questions sans réponse qui parviennent toujours à me posséder. Si lui ou moi avions un jour traversé la fenêtre, que se serait-il passé ? Serions-nous restés prisonniers de nos univers ? Est-ce que le grand silence a pu s'inviter dans mon monde ?
 
Toi qui me lit, qui découvre mon histoire, est-ce que ton ombre est encore là ? Chaque jour je vérifie la mienne, il n'y a que comme cela qu'on le saura...
 

 

Voir les commentaires

L'extraordinaire légende oubliée de l'homme au parapluie

20 Août 2017, 13:57pm

Publié par bibun

Il existe une très ancienne légende que l'on retrouve dans beaucoup de cultures et de civilisations aujourd'hui disparues sous toutes formes de représentations, mais avec un point commun, toujours avec ce qui pourrait s'apparenter de nos jours à un personnage abrité sous un parapluie. On a pu suivre cette histoire devenue légende à travers les âges, par des peintures, des dessins, des gravures, des sculptures... retrouvés sur les plaines de Nazca, sur des papyrus, des totems amérindiens, aperçus également sur la vieille muraille de Chine, sur des colonnes d'anciens temples grecs... On connait ce récit sous différentes appellations selon où il peut être raconté, rain man, nuage dansant, monsieur parapluie, entre les gouttes... On ne le croise qu'un jour pluvieux, même s'il ne s'agit que d'une simple averse de quelques minutes. Toujours au détour d'un sentier, un chemin de traverse, longeant le littoral, en pleine forêt ou sur les hauts plateaux des grandes plaines. Jamais dans des artères bondées, sur les larges trottoirs où circulent les pressés ou encore là où abonde le monde, parce que la rencontre ne peut se faire que quand l'esprit veut se maintenir hors du temps. S'accorder un peu de répits loin de la civilisation en plongeant dans ses pensées au milieu de cette nature qui ne se pose aucune question. Elle vit tout simplement, rien ne la dérange, qu'elle soit tantôt calme ou furibonde, juste reine en son royaume. Avec pour seule bannière, tout prend naissance à un endroit et s'achève dans un autre espace et un autre temps.
Puis un jour l'envie est là, de connaître toute l'histoire, les différentes légendes de par le monde. Tomber sur un ouvrage, s'asseoir et seulement vouloir le parcourir. Pouvoir un jour, à son tour la raconter.
 
Je suis une femme, ni trop jeune ni trop vieille, parce que ce n'est pas important. Mon nom, je vous le confierai à la fin de mon histoire, parce qu'à ce moment il n'est pas important. L'endroit exact où je me trouve ? Je vous dirais juste que je suis assise sur un large rocher en bordure d'un sentier qui domine tout. Une végétation riche, libre et encore rebelle qui m'entoure, qui tapisse la pente qui se déroule sous mes yeux, jusqu'à se noyer dans cette étendue d'eau qui termine l'horizon. Mer ou océan, je ne vous le confierai pas. Ne cherchez pas l'endroit, cela ne servirait à rien, vous ne le trouveriez pas de toute manière. On ne croise pas l'homme au parapluie, c'est toujours lui qui vient à votre rencontre. J'aime à penser que l'homme au parapluie est un petit peu comme un boomerang. Dans sa course, il va certainement attirer l'attention de regards, certains vont vouloir observer jusqu'au bout, depuis quel endroit est-il parti. D'autres vont simplement regarder ce passage devant eux, apprécier ce bref moment et se plonger dans leurs pensées pour imaginer une suite. L'endroit n'est pas important, par contre si je vous disais que le temps lui a toute son importance. Ce jour là assise sur mon rocher bordant ce petit sentier, surplombant l'immensité de cet endroit au milieu de ce quelque part, le ciel était bas, gris sans être trop sombre ni trop menaçant. La température était quand même clémente, une fin d'été probablement. Probablement, parce que la période n'est pas importante non plus. Pour quelle raison le mot revient si souvent dans mon récit ? Ça aussi ce n'est pas encore le bon moment pour le découvrir. Moi aussi je suis quelqu'un qui se mêle au bruit, qui me confond dans une foule, qui aime la fête, la musique qui l'accompagne bien souvent, les lumières d'une terrasse aux bougies, ou aux néons qui baignent une grande tablée que l'on partage et où résonnent bien des rires. Tout ce brouhaha qui nous conduit parfois à apprécier le silence, à la réflexion, à certaines émotions que l'on a laissé de côté, peut-être un peu trop longtemps ou est-ce seulement le bon moment. Ce besoin de solitude pour penser à ce trop plein qui nous submerge qui réveillent des moments de notre existence, entre doutes, peines ou le manque de quelqu'un. Toute une constellation de souvenirs ou de sentiments.
 
Ce jour là, assise sur mon rocher, le regard plongé dans l'immensité qui se jouait devant moi sans trop fixer quelque chose de précis, certainement qu'à ce moment, la pensée m'entrainait également ailleurs, j'entendis des pas résonner au loin. Des crépitements de petites pierres, de branches ou de petites feuilles bousculées par des pas. J'essuyais seulement mes yeux embués sans qu'aucune larme n'ait coulée, parce que c'est quelque chose qui m'appartint et que je ne voulais pas montrer. Il y a cette colère naissante d'être dérangée dans son moment de solitude, mais après tout ce n'est qu'un bref passage. Ces pas continueront le long du chemin, puis le silence reviendra. J'aperçus tout d'abord la cime d'un très large parapluie grand ouvert, alors qu'il ne pleuvait pas. Puis dessous, un visage souriant avançant à cadence légère, comme si chacun de ses pas possédaient une valeur extraordinaire. Très surprenante vison au milieu de nulle part, puisque comme je vous l'ai expliqué ça n'a jamais été l'endroit le plus important. Je ne parviendrais même pas à vous décrire le personnage, ni ses vêtements ni même son physique. Juste un paisible sourire, son immense parapluie et autre chose que je vous révèlerais que plus tard, parce que ce n'est pas tout a fait le moment. Je pensais que nous allâmes seulement nous croiser, partager un regard de courtoisie et reprendre chacun le cours de nos vies sur des routes complètement différentes. Se croiser qu'une seule fois, comme cela arrive en permanence, car il n'y a pas toujours la raison qui fasse que nos destins écrivent une histoire commune. L'homme au parapluie continua sa marche sans en modifier son rythme, toujours en souriant, regardant toujours droit devant, sans même me regarder ni être gêné par ma présence. Peut-être sa façon à lui d'avoir son moment de solitude, mais la seule ombre au tableau, c'est ce sourire paisible de lui qui en émanait. Il continua d'avancer sereinement, plongé probablement dans son esprit, puisqu'il ne fit même pas attention à moi. Il est presque à ma hauteur, moi qui le voyait déjà poursuivre et quant à moi, retrouver mon instant de calme, mes souvenirs ainsi que mes pensées, m'accorder ce petit temps de peine trop longtemps mis de côté. Or, ces petites attentes, désirs ou souhaits qui vous projettent dans votre inconscient savent aussi vous faire perdre le fil du présent, et ce fut le cas ce jour là. Je ne fis pas de suite attention que l'homme au parapluie s'assit juste à côté de moi, sans mot dire, sans même un regard, le sien comme le mien en direction de l'horizon. Bizarrement, je ne fus même pas effrayée ni même ne me sentis menacée, par cet homme abrité d'un parapluie, alors qu'aucune goutte ne tombait. Je n'éprouvais même pas le besoin de m'éloigner avec cette peine qui fut mienne. Puis il y eut cette odeur dans l'air, cette essence parfumée portée par le vent de différents effluves humides. Ce fut à cet instant aussi qu'une première goutte de pluie s'entendit s'abîmer contre la toile de son parapluie. Contre toute attente, il le souleva, le ferma délicatement et vint le poser à côté de lui.
 
Juste derrière s'en suivit quelques autres avant qu'une pluie fine en continue vienne brouiller le décor et nous mouiller. De là, tes yeux ne peuvent s'empêcher de se poser sur le parapluie, qui est juste à portée de main, mais pas le sien, toujours à observer le lointain. Ses doigts virent seulement tapoter la toile et ce fut la première fois que j'entendis le son de sa voix. Souvenez vous de ce que je devais vous révéler plus tard ? Les trois seules choses dont je me souviens de lui, son sourire, son parapluie et la troisième, le son de sa voix, parce que c'est le bon moment. Je suis certaine que vous vous demanderez, ce qui est plus important maintenant, que tout à l'heure. En quoi mon récit va changer quelque chose à ce moment précis de l'histoire ? Je me suis posée les mêmes questions, dès lors qu'il prononça sa première phrase.
"Le parapluie n'est pas important à ce moment précis, tu le comprendras juste un petit peu plus tard, fais moi confiance" clarifia-t-il en refermant complètement sa main autour du parapluie.
 
Il y avait ce je ne sais quoi dans le timbre de sa voix, une plénitude égale à son sourire, ni trop forte ni trop basse, pas un sursaut ou grésillement. L'envie d'écouter, même sans le connaître. Pas encore totalement confiante, mais sans être méfiante. Un calme qu'on a le plaisir d'écouter, mais où toute phrase à ce sens qui parvient à nous parler, à nous questionner, peut-être pour nous pousser seulement à nous écouter.
Alors se raconta une histoire que je ne pus qu'écouter.
 
"Nous aussi nous appartenons au temps, tout comme ce qui nous entoure, tout comme la pierre sur laquelle nous sommes assis, qui partage pour l'heure notre temps, qui en a partagé d'autres et en partagera encore avec des nouvelles personnes. On suit la course du temps, tout le temps. On vit des choses douces, amères, joyeuses, tristes... On conjugue aussi parfois notre temps avec des êtres chers. On chérit ce temps de bonheur, on le pleure aussi quelquefois quand se perdent ceux qui ne sont plus là. On se retrouve devant des portes derrières lesquelles on ne sait pas ce qu'il peut y avoir de l'autre côté, une pièce à quatre murs, un autre chemin, des nouvelles personnes, des anciennes que l'on retrouve, des souvenirs d'autres qui ne sont plus, mais qui se ravivent... On peut ouvrir une porte des milliers de fois sans y voir quelque chose de spécial, puis un jour il y a cette fois de plus qui fait toute la différence, où se découvre un moment merveilleux qui ne se vivra qu'une fois. Mais son contraire pourra également se produire. Parfois, quand on a la main sur cette poignée, il y aura cette question qui viendra s'inviter, c'est quand le bon moment ? Tout se vit dans le temps, d'abord on tâtonne, on se trompe aussi, on perd, on gagne, on rit, on pleure, puis au fil du temps, on découvre et on comprend. Parce qu'un jour on se pose une question, et on n'a plus de théories, juste une réponse. Car une théorie n'est pas une réponse, se sont des possibilités. Une réponse simple et claire, c'est d'avoir su profiter du temps pour rayer toutes les théories qui ne nous correspondent pas ou plus. D'une personne à l'autre, bien évidemment qu'une réponse à une même question sera différente, sans pour autant que personne n'ait tort, parce que tout dépendra comment chacun vivra son temps et les expériences qui se seront vécues pour chacune d'entre elles. Nous sommes tous différents, chacun avec sa perception du temps, plus vite ou plus lentement, mais nos temps se croisent aussi, partager le même espace temps pour un temps avant que chacun retourne à son propre temps ou en partage un nouveau. Même si chacun vit les choses à sa façon, on partage tous les mêmes émotions qui apparaissent chacune en son temps. Tout le monde reste unique et pourtant nous partageons tous quelque chose en commun, le même récipient. Ce fameux vase que l'on ne voit pas, mais où l'on sait à quel moment cette fameuse goutte parvient à faire déborder le vase. Comment se vide t-il ? En laissant s'exprimer la tristesse ou bien la colère ? Se vide t-il complètement ou juste la partie en surface qu'on aura juste effleuré de la main ? Faut-il exprimer ce trop plein quand il est là ou attendre un peu pour le vider d'avantage ? Comment fait-on pour le vider entièrement, est-ce possible ? Comme on dit chaque en son temps, il faut seulement vivre son temps, où il n'y a pas de mauvaises expériences, parce que même dans celles là, il a toujours une aube claire, même si ce n'est que la finalité. J'avais mon visage à même la terre, je me suis relevé, j'ai pris le temps nécessaire pour soigner mes ecchymoses. J'ai appris à me surpasser et je me suis mis à courir de nouveau avec le temps."
 
Puis il se tût, sans jamais avoir dévié son regard de l'horizon. J'ai écouté son récit avec ce même timbre de voix calme et ce, peu importe l'émotion, sans non plus avoir perdu son sourire. Il resta là, à côté de moi, mouillés par la pluie, mais il n'y avait même plus de désagrément. Ça ne pouvait plus être pire que nos vêtements collants, nos cheveux complètement plaqués sur notre front ou dans la nuque. Le pire on y était déjà, parce qu'à ce moment là nous étions dans le même état, il ne pouvait pas y avoir ce regard avec le mauvais reflet de nous même. On aurait pu juste rire de nous même. J'attendis après le silence, quelques minutes, de longues minutes, un très long moment certainement, mais l'homme au parapluie resta imperturbable, sans reprendre la parole. Je ne sais pas ce qu'il attendait, peut-être que je prenne la parole. C'est ce que je fis, sans pudeur, sans faillir ni faiblesse. Pas d'un ton calme comme le sien, avec parfois une teinte de colère, des brefs sursauts par une gorge nouée. Je ne vous raconterai pas ce que je lui ai confié, parce que ce n'est vraiment pas important. C'est plutôt ce qui s'en suivit. A mesure que je parlais le temps s'écoulait, combien de temps ? Longtemps. La pluie cessa, les nuages se dissipèrent, le ciel bleu revint, nous sommes l'après midi, au milieu ou un peu plus tard. J'ai continué encore et encore, de temps en temps je l'observais, lui toujours a fixer l'horizon. M'écoute-t-il ? Est-il là ou dans ses pensées ? Il est toujours là et pas parti. Je lui confie mon ras le bol, mes contrariétés, mes peines, même celle que je ne pensais pas réussir à dire à quelqu'un. Puis l'émotion me submerge, je sens des larmes dans mes yeux et coulent le long de mes joues. Il s'est alors retourné vers moi. Il a posé ses mains, juste sous mes yeux et m'a juste murmuré
"Non, ce n'est pas encore le moment"
Je me suis reprise, je n'ai pas perdu le fil, jusqu'à ce que le silence s'impose une nouvelle fois. Je n'avais plus rien à dire. Juste à profiter ensemble du paysage, sans parler de quoi se soit.
Un instant plus tard, il se releva, près à reprendre sa route avec son parapluie. Alors je lui souris, lui tendis la main et lui confia :
"Merci pour ce moment, je m'appelle Talie et vous ?"
"Il n'y a vraiment pas de quoi. Mon nom n'est pas important, appelez moi seulement monsieur parapluie si le coeur vous en dit."
Je ne pus m'empêcher de rire.
"Au fait, il sert à quoi au juste votre parapluie, pas à protéger de la pluie en tout cas" ?
"En voilà une bonne question qui arrive juste au bon moment. Ça a toujours été lui le plus important, parce que c'est surtout de lui dont vous souviendrez. Il faut parfois de l'inconfort pour ressentir chaque chose, aurions nous discuté de la même façon sous le couvert de mon parapluie, la résonance n'aurait pas été la même, ne pensez vous pas ?
"Dois-je répondre à cette question"?
"Seulement si vous pensez avoir la réponse et pas exprimer une théorie. Est-ce que vous avez un parapluie ? Cela restera la meilleure manière de le découvrir. Au-revoir Talie, ne tardez pas non plus à reprendre la route, parce que les réponses ne sont plus ici. Vivez tout simplement, car dès ce moment beaucoup de choses seront différentes. Vivez, marchez, courez, riez... Et attendez juste le bon moment."
"C'est quoi et quand le bon moment ?"
"C'est le moment où vous renverserez complètement votre vase et le quand, c'est quand vous vous sentirez le mieux. Parce qu'à ce moment, pour vivre les choses intensément, vous aurez envie de renverser la table et le vase qu'il y a posé dessus. Vous vous sentirez merveilleusement bien et vous allez pleurer, des larmes que vous ne pourrez pas retenir. Ça ne sera pas juste dans les yeux, mais ça vous fera mal au ventre, vous aurez des spasmes. C'est tout votre corps qui va se libérer de beaucoup trop de choses. Vous rirez, vous pleurerez, tout va se mêler. Ça sera incontrôlable, intense, mais après... après tout ira pour le mieux. Vous saurez ce qui est important, ce qui l'est moins, ce qui doit attendre, juste pour arriver à ce bon moment.
 
Il sourit, ouvrit son parapluie et disparu dans l'horizon.
 
Pour conclure, est-ce une légende ou une histoire inventée de toute pièce, mais est-ce important? La seule question que j'ai envie de vous poser. Est-ce que vous verrez toujours les parapluies de la même façon ? Allez-vous vous retourner quand vous croiserez quelqu'un avec un parapluie ? Juste bavarder et pour quoi pas raconter cette histoire là. Ça peut être un très bon début de sujet de conversation :)
 

Voir les commentaires

Sombre éveillé

7 Septembre 2015, 09:06am

Publié par bibun

Chapitre 5 de Gemeaux, signe obscur.

La confiance est toute relative, même certainement une chimère. Quelque chose qu'on idéalise, un souhait idyllique, dans un monde surexcité et complexe. La confiance n'est qu'un leurre, une poudre aux yeux pour éviter de voir ce que l'on a pas envie de regarder. L'amour est-il aveugle ou préférons-nous seulement conserver les yeux clos. On accorde parfois sa confiance à tort pour certains, à raison pour d'autres, mais n'est-ce tout simplement pas un mot que l'on aurait galvaudé ? Qui peut prétendre connaître parfaitement quelqu'un, avec la certitude de se connaître soi-même ? A ces questions, y a t-il vraiment des réponses sur lesquelles on veuille s’épancher ? Sommes nous certain de nos pensées, de ce que l'on souhaiterait, de qui on voudrait être aux yeux des autres. Qui pourrait affirmer sur ce qu'il y a de plus sacré n'avoir jamais nuis d'une quelconque manière à autrui, par colère, par jalousie, erreur, vengeance... de vouloir punir à hauteur de ce qui a pu être enduré. Cet hôte funeste qui murmure parfois à nos oreilles, qui exacerbe nos émotions, nous poussant à l'attaque, à la défense ou à la riposte. Poussez quelqu'un dans ses retranchements ou mettez le dos au mur en lui enlevant et anéantissant tous ses espoirs, alors la confiance se lézarde, puis vole en éclat. Quand le néant s'installe, étouffant toute lumière, asphyxiant les rêves et que le chaos détruise l'essence même de la vie qu'on a pu mettre tant de cœur à bâtir. Lorsqu'il n'y a plus d'échappatoire, on s'abandonne alors à son hôte funeste, par des actes auxquels on n'aurait jamais pu songer, voire même imaginer auparavant. On prend alors des routes non plus par choix, mais par nécessité. Une fois le néant évaporé, que la foudre se soit épuisée, ne reste plus qu'à balayer du regard un paysage dévasté, où la confiance c'est vue calcinée, jonchant sur le sol d'un champs de ruine. On ne mesure pas toujours les conséquences de la chute des dominos Parfois on peut être simplement dans son sillage, un dommage collatéral, une pièce écroulée parmi d'autres. C'est toujours dans les heures les plus sombres que se révèle le plus la confiance, de prendre conscience de la vérité que l'on a jamais voulu voir, l'absence des personnes en qui on pouvait avoir le plus confiance. La vie n'a jamais été une question de confiance, car elle ne peut rivaliser face à la subsistance. Or, ce sont dans ces situations, lorsque l'on marche dans les décombres, qu'il n'y a plus de confiance, que l'on distingue nettement l'essentiel. Ce n'est ni l'espoir, ni le déni, ni la colère, ni la solitude... seulement l'horizon où verdoie les terres d'éternité... visibles que par la seule conviction.

Pour comprendre un début, il faut parfois commencer par la fin et la fin trouve également ses réponses dans le commencement. Alors le début de chaque histoire peut trouver naissance par une finalité, afin d'en écrire une nouvelle. L'infini est irrémédiablement la clef de ce que nous connaissons ainsi que de ce que nous ignorons encore. Mais le néant fait tellement peur, que personne ne veut regarder à l'intérieur, car l'ignorance n'ébranle pas la confiance. Et qui souhaiterait mettre à mal les certitudes de nos existences ? Porter le fardeau des vérités.

Un petit avant goût du cinquième chapitre de Gemeaux, signe obscur

Voir les commentaires

Le porteur du phénix de jade

25 Avril 2015, 09:28am

Publié par bibun

Le porteur du phénix de jade

Il y a de cela fort longtemps dans le japon médiéval vivait un tout jeune artisan sculpteur, extrêmement talentueux de ses mains, qui parvenait à reproduire à la perfection ce qu'il pouvait observer, donnant l'impression à ses sculptures de posséder une âme propre. Il parvint à se faire un nom aux quatre coins du globe, où les plus grands de ce monde voulurent s'allouer ses services pour la construction de leur palais ou pour ériger leur statue. Il apprécia que son talent soit reconnu par le plus grand nombre, ce qui mit ce modeste sculpteur ainsi que les siens à l'abri du besoin. Pourtant toute cette notoriété ne contribua pas à son bonheur, bien au contraire, il perdit peu à peu toute cette étincelle de passion qui parvenait à s'exprimer au travers de ses mains. Petit à petit il perdit goût dans son art, avec le sentiment d'avoir perdu tout ce en quoi il croyait, le partage. Parce que ses sculptures ne devaient appartenir à personne, qu'elles puissent seulement être admirées par tous et que chacun puisse s'imaginer sa propre histoire. Au fil du temps, plus rien ne réussissait à se façonner de ses mains, toute inspiration sembla s'être évanouie et chaque soir, dans le silence de la nuit, il déversait toutes les larmes de sa peine incommensurable de s'être égaré sur le chemin de la notoriété, en perdant au fur et à mesure toute son inspiration ainsi que son imagination.
Un matin, il prit la décision brutale de quitter ses parents et sa famille pour retrouver l'essence de ce qui avait pu se perdre, mais surtout se retrouver lui-même. Une première question lui fut posée, que vas-tu faire ? A cela, il répondit : "Je vais chercher l'incroyable, le phénix, l'oiseau de feu légendaire pour lui façonner sa plus belle image".
Unanimement il se rétorqua : "Tu cours après une chimère. Comme tu le dis si bien, le phénix n'est qu'une légende".
Il ne put exister qu'une seule réponse : "Derrière toute légende, il y a une part de vérité. Chercher le phénix, c'est l'espoir. Le jour où je m'en reviendrais avec son image ciselée sur la plus belle des jades, ça apportera aussi de l'espoir et protègera la lumière de son porteur."
Alors il ne put se prononcer que des encouragements, même si pour la plupart, cela sonnait comme un adieu. Mais il faut parfois se perdre dans le désert pour trouver les réponses à ses propres quêtes.

Le jeune sculpteur partit alors sur les traces du phénix, il parcourut bien des mers, des océans, des terres, des villages isolés, des peuples éloignés avec à chaque fois à l'esprit cette légende qui lui fut maintes fois comptée quand il était encore un tout jeune enfant. Il n'y eut pas un endroit sur terre où il n'eut pas un écho de cette légende, des descendants d'un aïeul qui l'eut aperçu tout en haut de la cime d'une montagne, embrasant le ciel. Cet oiseau de feu solitaire, noble, sacré et éternel pour tous, se cachant au regard de tous, certainement qu'il sait parfaitement lire dans le coeur des hommes, qu'il préféra s'en éloigner, car si longue est l'histoire des nombreuses guerres menées par la colère de l'humanité. A force d'échange, de partage et de persévérances, chacun des récits lui apprirent à connaître un peu plus sa légende, que tous les cinq cents ans, il pouvait renaître de ses propres cendres et ainsi vivre éternellement. Personne n'était capable d'en expliquer la raison, pour quelle raison s'évertuer à brûler pour les nuits des temps... peut-être attendre à son tour l'incroyable. A chaque fois, il s'isola sur l'une des plus hautes montagnes du monde pour se fabriquer un nid. Il se place au centre, ses plumes prennent feu qui finissent par embraser entièrement son nid. Durant trois jours et trois nuits, sa combustion totale ne laisse place qu'à un amas de cendres incandescentes. Au milieu de cette pluie de cendrailles quand le vent balaye les cimes, un nouveau phénix alors en jaillit.

Il entendit cette même histoire au pied des plus grandes montagnes, l'Aconcagua, le Mont McKinley, le Kilimandjaro, l'Elbrouz, le Massif Vinson, le Puncak Jaya ainsi que le Mont Kosciuszko. Puis il se dirigea jusqu'à l'Everest, où il n'eut vent d'aucun récit sur ce légendaire oiseau de feu. Alors ce sculpteur que les saisons vieillirent décida d'y grimper, car peut-être verrait-il de son vivant, celui qui était devenu sa raison d'être, retrouver tout ce qu'il avait pu délaisser, l'incroyable. Il grimpa, sans se poser plus de question, car il savait que d'escalader cette haute montagne serait probablement son dernier grand voyage. Il se laissa pousser par l'espoir, ce en quoi il croyait et même s'il ne le pouvait l'apercevoir avant que son heure ne soit venue, il aurait au moins eu le mérite de tout son restant de vie d'avoir ranimé et entretenue cette très vieille légende de l'oiseau de feu millénaire, afin qu'elle ne meurt pas à son tour. Bien des lunes plus tard, il parvint à se hisser jusqu'à son sommet, épuisé, affamé, frigorifié, mais le soulagement, d'apercevoir au loin, sur la cime, cet immense nid, certes vide, néanmoins, la satisfaction d'avoir accompli la plus grande quête de son existence. Le sculpteur s'assit et s'immobilisa en tailleur à bonne distance et patienta. Il attendit, patiemment, presque indéfiniment, oubliant le nombre de saisons qui s'écoulèrent. Il resta figé si longtemps sans même boire ni manger, donnant l'impression de fusionner avec le décor, appartenant dorénavant à ce lieu. Il ne s'étonna même plus d'être encore vivant, de ne s'être plus sustenté. Puis une nuit parmi tant d'autres, une illumination déchira le ciel et le phénix lui apparut. Il se déposa les ailes déployées au centre de son nid. Ils firent face à face, un modeste sculpteur et cet oiseau de feu majestueux. Leur regard se croisa, il y eut un puissant cri, puis le nid s'embrasa, comme une puissante lumière de phare, où les flammes montaient si haut qu'elles donnaient l'impression de caresser le ciel.

Durant trois jours et trois nuit, ce feu ne semblait pas vouloir s'épuiser. Au bout de la dernière nuit, il ne resta qu'un amas de cendres rougeoyantes et c'est alors que cette fumée, naquit un nouveau phénix, plus luminescent qu'auparavant. Il déploya une nouvelle fois ces ailes, battit l'air, se souleva et disparut au-delà du ciel, qui s'embrasa avant de redevenir sombre, laissant apparaître toutes les constellations célestes. A ce moment là, le sculpteur devina qu'il ne reverrait plus son oiseau légendaire, il sortit de son petit sac, sa pierre de jade ainsi que son petit marteau, puis il sculpta, comme il pouvait le faire jadis, où ses mains ne perdirent rien de leur dextérité, bien au contraire. Plusieurs jours plus tard, un splendide phénix fut gravée dans sa pierre dans laquelle il mit toute sa passion ainsi que ses émotions. Il l'entoura d'une cordelette pour le porter autour de son cou, où il ressentit une énergie incroyable se propager dans tout son corps. A l'endroit où il aurait dû mourir, affamé et fatigué, le phénix lui accorda la renaissance de repartir dans le monde afin de perpétuer sa légende.

Parce que le phénix est solitaire et indomptable, son pouvoir ne peut être offert qu'une seule fois à son porteur. A son tour, il devra le transmettre à quelqu'un d'autre, afin que se perpétue sa légende au-delà du temps. Personne ne sut ce qu'il advint de ce modeste sculpteur, mais tout ce qu'on retiendra de l'histoire, c'est que le pendentif du phénix a su traverser les époques et qu'il a été porté par de nombreux porteurs, qui ont contribué à respecter sa légende, transmis de main en main et continuera encore je l'espère à ce que dans le futur, le phénix puisse éternellement exister, car il ne peut qu'accompagner et être possédé seulement qu'un temps...

Voir les commentaires

L'enfant lumière

20 Juin 2014, 07:17am

Publié par bibun

Il y a de ça fort longtemps, dans une contrée dont le nom s'oublia dans le temps, vivait une âme égarée dans la plus haute tour jamais érigée, où sa cime tutoyait les cieux. A flanc de vallée, elle surplombait un royaume dévoué à leur sombre suzeraine. Elle imposa son règne sur la jalousie et la convoitise en possédant chaque biens précieux de ses sujets, le moindre présent, sourire, les émotions de tout ce qui put se partager. Vouloir posséder tout ce qui peut rendre la vie des autres vivante, palpitante ou exaltante, occultant ses pensées méprisantes et se convaincre qu'elles en soient méritantes. Pas une journée ne s'évanouissait sans que cette âme envieuse vint s'asseoir à la plus haute terrasse de sa tour glorieuse, admirer en contrebas sa cour, afin de vampiriser tout l'amour exposé au grand jour. A chaque jour un froid pénétrant prenait possession du royaume, tapissant de glace chaque ruelle, chaque chaumière et leur enlevant au fil du temps, toute joie de vivre. Pourtant ce qui aurait dû se pérenniser, ces têtes qui devinrent rester couronner, les aléas peuvent parfois nous faire abdiquer, devant ce que que nous aurions jamais pu imaginer.

Au coeur de ce royaume en pleine léthargie, où les vies étaient perpétuellement dépossédées de ce qu'elles pouvaient s'offrir de meilleur, naquit l'enfant lumière. Arborant sans cesse des sourires tellement chaleureux, entouré d'une aura si intense qu'elle parvenait à faire fondre les glaces les plus épaisses et raviver toutes les couleurs d'antan. La suzeraine voulut à tout prix posséder cette lumière qui dansait chaque jour sous les fenêtres de sa tour, mais c'était quelque chose d'immatériel qu'elle ne pouvait ni saisir ni toucher. Chaque lendemain était vécu comme un affront, cette lumière qui devenait de plus en plus brillante, plus lumineuse que sa propre forteresse qui parvenait presque à toucher les cieux, rien de plus comparable à ses yeux, ce qui lui donnait une rage telle, que son seul objectif fut que cette lumière devienne sienne.

Elle se souvint d'une vieille légende lue dans un grimoire, qu'il existait une incantation qui pouvait réaliser les voeux, même les plus désireux ou les plus envieux. Les uns après les autres, elle parcourut chacun de ses vieux livres, jusqu'à parvenir à retrouver le sortilège de tous les désirs, où la formule consistait à prononcer par trois fois devant un miroir le nom du façonneur de miracles Papalegbho.
A trois reprises résonnèrent les syllabes de celui qu'il ne fallait pas nommer, et devant son miroir, son reflet vint s'effacer pour laisser place au visage de l'entité aux promesses insensées. D'une voix lointaine et lugubre, il prononça : "Formule ton souhait pour qu'il te soit exaucé, mais en échange un sacrifice te sera exigé..."
Sans même se soucier de ce qui pourrait lui être demandé, car l'infini richesse qu'elle pensait posséder lui permettrait de pouvoir tout honorer, elle exprima le voeux d'être entourée par ce même éclat que l'enfant lumière parvenait à transpirer sans que quiconque ne puisse un jour l'égaler.
Pour seule réponse elle ne put qu'entendre : "Papalegbho a entendu ta requête, mais qu'es-tu prête à sacrifier en échange ?"
La suzeraine ne se fit pas attendre pour apporter son dû : "Je peux t'offrir toutes les richesses que tu désires tant mon royaume est grand."
La réplique n'eut pas besoin de s'éterniser : "Je n'ai nul besoin de richesse ! Quelle part de toi es-tu prête à sacrifier, quelque chose de suffisant qui puisse équilibrer la balance des priants du néant ?"
Du même aplomb elle s'empressa de lui proposer jusqu'à son âme pour qu'elle en soit exaucée.
C'est alors qu'un rire strident se fit entendre en ricochant sur chaque mur de sa tour afin de rendre son écho tout aussi sinistre que son ricanement primaire.

La frustration pouvait se lire sur son visage livide qui laissa très vite place à une colère suintante avant de tempêter : "Explique-moi ce rire avant que j'en vienne à briser ce miroir qui te plongera à nouveau dans le noir."
"Penses-tu un seul instant que tu puisses le faire, mais je vais tout de même t'expliquer mon si délicieux fou-rire, sans même que tu n'aies besoin de me témoigner la moindre réponse. Ton âme est déjà mienne depuis tellement longtemps. Tu as tellement envié et jalousé chacun de tes sujets. Tu as toujours voulu posséder l'improbable et l'inestimable sans jamais partager quoi que se soit en échange, tout ce qui s'entretient ou se nourrit au fil du temps. Ton âme appartient déjà à mon monde, celui tapissé d'obscurité, sans qu'aucune lumière ne puisse plus jamais lui témoigner de bonté. Tu ne possèdes plus rien qui puisse exaucer ce dernier souhait, car tu as passé toute ta pathétique vie à désirer, sans voir que la luminosité n'appartiendra nullement aux âmes damnées, parce qu'elle ne peut s'illuminer que par l'altruisme et la bonté. Apprendre à donner sans une contrepartie espérer, comme la vie sait te l'accorder à chaque journée, néanmoins pour cela il ne faut pas envier, simplement regarder, prendre plaisir à contempler et seulement vouloir rendre les émotions qui ont pu nous toucher. Comme tu n'as plus rien à m'offrir, il est donc l'heure pour moi de partir, mais avant cela, te garantir que ton âme appartient à mon avenir et qu'il me faudra bientôt revenir pour la quérir. La vérité vient de causer ton malheur, alors que ta noirceur a toujours fait mon bonheur... Tu n'auras pas assez du restant de ta vie pour réparer tes erreurs, ne te perd même pas dans les pleurs car bientôt sera venue ton heure..."

La suzeraine se retrouva seule devant son seul reflet, et put voir pour la première fois le visage de la vanité. Jamais plus personne du royaume ne l'aperçut en haut de sa tour qui toujours fit sa fierté. Au fil des saisons, puis des années, les murs commencèrent à se lézarder et la végétation à chaque jour continuait à la dévorer, jusqu'à la faire vaciller et enfin s'écrouler. Le royaume finit petit à petit à s'exiler, certainement d'avoir recouvrer ce qui trop longtemps s'était égaré, le goût de la liberté. Au loin dans la vallée, on pouvait voir toutes ces âmes s'éloigner vers des terres pleines de promesses pour tout recommencer. Ce fut une nuit où l'obscurité ne parvint pas à s'imposer tant chacune d'entre elles se retrouvaient baignées d'une si belle clarté, effaçant à jamais le nom de cette contrée abandonnée au passé.

Il suffit d'un seul grain d'espoir pour faire choir les esprits les plus noirs. Chacun doit suivre son propre chemin, des choix qui viennent graver notre destin, la liberté de faire le mal ou le bien, mais quand viendra la fin... vaut-il mieux partir l'esprit torturé ou bien serein ? Nos histoires nous survivent bien après que les chrysanthèmes aient pu faner, mais se sont surtout nos actes passés qui feront qu'elles puissent longtemps encore se raconter ou bien que l'on préfère à jamais les oublier.

L'enfant lumière

Voir les commentaires

1 2 > >>